Décoration de Bestabeé Romero à l’Ordre des Arts et Lettres (18 février 2020) [es]

Discours de Mme l’Ambassadrice, Anne Grillo
Décoration de Bestabeé Romero à l’Ordre des Arts et Lettres

Résidence de France, Ville de Mexico
18 février 2020

* Seul le prononcé fait foi

Chère Betsabeé,
Chers David Romero Salinas et Gloria de la Consolación Romero,
Chère Danae Reynaud Romero,
Chère Gloria de la Consolación Gonzalez de Romero,
Chère Flor Romero de Ramos,

Si nous sommes réunis ce soir, au milieu de vos proches, de votre famille, de vos amis, de vos pairs, du monde de l’art, c’est pour reconnaître votre carrière artistique, marquée par un engagement constant, ainsi que vos liens très forts avec la France depuis de nombreuses années.

Si les artistes, architectes, collectionneurs ou gens de lettres ont fait l’objet de distinctions particulières depuis plusieurs siècles en France, cet ordre spécialement dédié aux arts et lettres a été créé en 1957. Il récompense les personnes qui se sont distinguées par leurs créations dans le domaine artistique ou littéraire et par leur contribution au rayonnement artistique en France et dans le monde. Il compte des artistes de grand renom. Aujourd’hui c’est un honneur pour la France de vous remettre cette médaille et de vous faire entrer dans la famille des Arts et Lettres.

Votre histoire avec la France a commencé lorsque vous avez rejoint l’Ecole du Louvre en 1985. Puis après de brillantes études en Arts visuels à l’Université Nationale Autonome de Mexico vous êtes retournée dans notre pays en vous inscrivant dans la prestigieuse Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris. Cette histoire a continué jusqu’à aujourd’hui, et vous avez encore présenté l’an dernier vos œuvres à Lille et à Paris, où vous avez exposé devant le Grand Palais votre « Requiem to the Polluting Car », travaillant à nouveau cet objet qui vous accompagne depuis de nombreuse année, la voiture, élément emblématique de votre travail, de notre époque, et des contradictions de notre monde.

Je crois que cette formation française a profondément déterminé votre carrière artistique, forgé votre réflexion critique et influencé votre démarche créative. J’ose aussi espérer qu’elle a contribué à votre reconnaissance nationale et internationale rapide et jamais démentie.

Cette carrière est marquée par une richesse exceptionnelle : plus de 100 expositions personnelles, au Mexique, sur tout le continent américain, en Europe, et en réalité dans le monde entier, et des dizaines de résidences et d’expositions collectives. En 2011 par exemple le prix Nobel de littérature Jean-Marie Le Clézio, grand ami du Mexique, vous invitait à participer à l’exposition « Les musées sont des mondes » à l’occasion de la carte blanche que le Musée du Louvre lui avait confiée. Plus récemment je pense à l’exposition Mexico-US border présentée à la Maison Folie Wazemmes à Lille dans le cadre d’Eldorado. Vous êtes une artiste prolifique !

Vous êtes également une artiste extrêmement reconnue, et je citerai le 1er Prix de la Biennale du Caire qui vous a été attribué pour une œuvre audacieuse sur les relations de genre en Egypte en 2006, mais il y en a de nombreux autres. Dès 1988, au tout début de votre carrière, vous vous étiez vue décerner le Prix Oric’Art de Neuilly sur Seine, ouvrant la voie à la reconnaissance publique de votre art.

Mais outre la très grande qualité de votre travail, j’aimerais dire un mot de votre engagement à travers l’art en prenant plusieurs exemples récents :

Chaque année vous travaillez sur des autels à l’occasion de la fête des morts. En octobre dernier vous présentiez une œuvre magnifique au Musée Frida Khalo intitulée « Por ellas una vela, una flor y un pan », dédiée aux femmes victimes de violence de genre, qui sont chaque année plus nombreuses comme nous le révèlent des statistiques effrayantes. Au même moment vous présentiez à Dallas aux Etats-Unis « An Altar in Their Memory / Un Altar en Su Memoria », une œuvre dédiée aux victimes de violence par armes à feux, et aux migrants décédés en chemin. Et à Cuernavaca, avec « Pasillos de la Memoria », vous rendiez hommage aux journalistes tués au Mexique dans l’exercice de leurs fonctions, là encore les chiffres ne peuvent nous laisser indifférents.

Je voudrais rendre hommage à cet engagement, particulièrement important pour la France et pour l’ambassade, ici, au Mexique qui est mobilisée pour la défense des droits humains aux côtés de ses amis mexicains. Vous le savez peut-être, en 2020 pour la troisième année consécutive nous organisons, avec les agences de l’ONU, l’Université Ibero, l’AFP, la Suisse et l’Union européenne, le prix Breach-Valdez pour récompenser les meilleurs travaux journalistiques en lien avec les droits humains. Ce prix est dédié à Miroslava Breach, correspondante de La Jornada, et de Javier Valdez fondateur de Río Doce et collaborateur La Jornada, tous deux assassinés en 2017 alors qu’ils travaillaient sur la délinquance organisée.

Enfin votre travail artistique se caractérise par un fort engagement social et éducatif. Vous avez mené un grand nombre de projets dans le cadre d’ateliers collectif, dans des quartiers défavorisés, dont l’objectif, à travers la pratique artistique, était de revaloriser l’environnement quotidien des participants et de développer leur sentiment de citoyenneté. En dehors du Mexique, vous avez développé, avec le même succès, des expériences au Brésil, en Colombie, aux États-Unis, et bien entendu en France.

Chère Betsabeé, votre excellente connaissance de la culture mexicaine traditionnelle et contemporaine vous ont conduit à questionner les excès de la société de consommation, de la mondialisation, des tensions entre les cultures traditionnelles et la production de masse. Plus que jamais je suis persuadée nous avons besoin des artistes pour penser et repenser notre monde, nous éclairer, nous faire réfléchir et avancer.

Vous êtes une figure emblématique d’une génération de créateurs mexicains en dialogue constant avec l’évolution de la société, mais également consciente de votre responsabilité sociale et pédagogique. Vous êtes une artiste de conviction et de passion, profondément attachée à la France, à sa culture et à ses valeurs.

Chère Betsabée, c’est cet engagement constant dans votre œuvre artistique à la fois dans votre pays, le Mexique, et dans le nôtre, la France que nous saluons solennellement aujourd’hui. La République française a souhaité distinguer à la fois votre brillante trajectoire artistique et votre attachement profond, sincère et fidèle à notre pays.

Je vais maintenant vous remettre cette décoration, en français :
« Betsabée Romero, au nom du Ministre de la Culture je vous fais chevalier de l’Ordre des Arts et Lettres ».

Dernière modification : 03/03/2020

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